Culture

Rachid Khaless, le créatif aux multiples talents

Rachid Khaless vient de remporter le Prix du Maroc du Livre dans la catégorie poésie pour son recueil « Guerre totale » suivi de « Vols, l’éclat ». Une récompense qui honore le parcours créatif de ce poète, peintre et traducteur qu’on présente comme une voix singulière de la poésie marocaine contemporaine.

Né en 1966 au Maroc, Rachid Khaless est aussi l’auteur des œuvres « Cantiques du désert » (L’Harmattan, 2004), « Absolut Hob » et « Pour que Allah aime Lou Lou ».

Dans cet entretien accordé à Télégramme.info, le créatif aux multiples talents revient sur la place qui échoit à la poésie en langue française au Maroc, sa casquette d’artiste plasticien et son recueil récompensé le 19 octobre dernier.

Telegramme.info : On a l’impression que la poésie, surtout de langue française, est le parent pauvre de la littérature au Maroc. Vous venez d’être primé lors de la dernière édition du Prix du Maroc du livre, catégorie poésie. Que représente une telle consécration pour vous et pour la poésie marocaine d’expression française ?

Rachid Khaless : La poésie, qu’elle soit écrite en arabe ou en français, n’est pas le parent pauvre de la littérature, mais de l’édition. Le Maroc n’est pas une exception. C’est le cas aussi en France, pays où l’édition est un gros marché. Il est vrai que la poésie ne bénéficie pas du même intérêt en comparaison avec le roman.
Je me plaît à croire que c’est un livre qui a été primé, non son auteur. « Guerre totale suivie de vols, l’éclat » a eu le Prix du Maroc du livre, catégorie poésie après 50 éditions. Mes remerciements vont aux membres de la commission qui, fait historique, ont ouvert la voie pour les créateurs dans différentes langues. Une telle consécration attire l’attention sur une expérience : voilà sa principale vertu. Mais je crois, comme beaucoup, que le prix pourrait avoir son plein sens s’il devenait une occasion, sur une année, de diffuser et de promouvoir les livres primés à travers des rencontres culturelles et dans les médias et, surtout, dans l’école publique. Il faut rendre audibles et visibles ces livres qui véhiculent l’imaginaire et la pensée des créateurs.

Telegramme.info : Vous êtes un artiste aux multiples casquettes. A la fois, poète, romancier et traducteur, mais aussi peintre. Un petit aperçu sur votre parcours entant qu’artiste-peintre pour les lecteurs de mashahid.info et telegramme.info…..

Rachid Khaless : Je suis écrivain et traducteur. La peinture, je la pratique comme dilettante. Mais j’y trouve le même plaisir que celui que j’éprouve quand j’écris. Je pratique une figuration revisitée. Je ne m’occupe ni des proportions ni de la perspective. Mes personnages ont, souvent, des corps difformes et sont là, en attente : leurs mains sont presque toujours ouvertes. Une prière ? Une envie d’agir ? Ou simple attestation de leur présence au monde ? Je ne saurai le dire. Mais je suis fasciné par la main, premier outil « industriel » de l’humanité, symbole de l’acte – à venir. En littérature, comme en peinture, je pense qu’il faut « bâtir dans l’Homme », au sens large. En effet, toute création émane de l’être et trouve son horizon en la beauté. La main est ce qui permet l’accolade, le don, l’hospitalité.

Telegramme.info : Selon le critique Jacques Alessandra, ce qui caractérise les textes de votre ouvrage primé, «Guerre totale» suivi de «Vols, l’éclat», c’est qu’ils « transfigurent au présent l’immense soif d’avenir propre à tout créateur prêt à détruire le monde où il vit pour mieux le reconstruire ». Qu’en pensez-vous, et comment pouvez-vous nous présenter brièvement ce recueil ?

Rachid Khaless : Jacques Alessandra est l’un des rares et fins connaisseurs de la littérature écrite en français au Maghreb. Il porte un regard juste et lucide sur cette production depuis son avènement jusqu’à aujourd’hui. Dans ce recueil, la guerre est métaphorique, cela va de soi. Les écrivains d’aujourd’hui ont longtemps été obnubilés par l’image du père littéraire. Ils s’en débarrassent de plus en plus, heureusement. Ecrire, c’est couper le cordon ombilical avec ses parents. Dans ce texte, je porte ce projet : détruire un monde et d’instituer un autre sur les ruines du premier. Utopie ? Oui, je persiste et signe. Mes assauts concernent aussi certains lecteurs habitués à une lecture complaisante et confortable des textes littéraires. Je pense qu’il faut réapprendre la réception de la littérature et réapprendre nos rapports consensuels avec le monde et avec l’écriture. Ecrire exige une vigilance pour débarrasser la poésie des traces du monde désuet qui s’invitent avec les mots. J’œuvre, avec mes frères d’encre, à l’avènement d’une nouvelle écriture.

Propos recueillis par M.A Elhairech

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