Lecture sur les caractéristiques de l’économie marocaine
Depuis une dizaine d’années, le Maroc a mis en place une série de plans sectoriels afin d’assurer une croissance économique respectueuse, durable et créatrice de richesse. Cette dynamique de développement se distingue par une approche novatrice de contractualisation et de partenariat public-prive.
Ces plans s’inscrivent dans une double logique de modernisation de secteurs traditionnels à l’instar de l’agriculture, de la pêche, de tourisme et de développement de secteurs innovants tels que les énergies renouvelables, la logistique, l’industrie automobile, l’aéronautique et les services à fortes valeurs ajoutée, où le Maroc offre de véritables avantages compétitifs.
Le secteur agricole revêt une importance primordiale pour l’économie nationale et joue un rôle capital dans la dynamisation de l’activité économique dans son ensemble. Cependant, et en dépit de son poids dans l’économie nationale, le développement du secteur demeure encore contrarié par les contraintes diverses articulées essentiellement autour de la récurrence des années de sécheresses et la faible qualification des ressources humaines gérant les exploitations agricoles.
Une analyse sommaire de l’industrie marocaine montre que le secteur industriel reste dominé pendant longtemps par la transformation des produits agricoles et de la pêche, l’activité du textile et la fabrication d’engrais. Les ¾ des exportations manufacturières proviennent des industries du textile et du cuir et de l’industrie de la chimie et de la parachimie. Ces branches produisent des articles généralement à faible valeur ajoutée. Alors que l’industrie est un facteur clé du développement économique du Maroc. Face à ces faiblesses structurelles à la lumière des enseignements du passé, et face à l’engagement du Maroc dans le processus de l’ouverture sur l’extérieur, l’Etat marocain a pu adapter au cours de ces dernières années, une véritable stratégie industrielle afin de relever le défi de la libéralisation tout en respectant les engagements vis-à-vis de ses partenaires notamment européens. De ce fait, le Maroc a pu développer dans le cadre de plan émergence 12 filières identifiées comme stratégiques à savoir : l’offshoring, l’aéronautique, l’automobile, l’artisanat, l’électronique, l’agroalimentaire, le textile-habillement, le tourisme, les mines et l’énergie, le BTP et les transports, le commerce et la distribution et enfin les NTIC.
En tant qu’économiste chercheur, je me permet d’établir cette analyse introductive sur le tissu économique marocain, afin de pouvoir aborder en 2eme lieu la question des retombées de la crise pandémique du Covid-19 sur l’économie marocaine notamment les secteurs considérés phares dans notre tissu productif.
Covid-19 et ses retombées sur les secteurs clés du tissu productif marocain
Selon une note sur les impacts économiques du covid-19 au Maroc, publié par la délégation de l’union européenne au Maroc- section commerciale, le Royaume pourrait connaitre des pertes importantes en 2020. Jusqu’à présent, les principaux secteurs touchés sont, le tourisme, l’automobile, et le textile. Des risques de baisse d’approvisionnement et de demande étrangère, notamment en provenance de l’UE, pourrait en revanche survenir au niveau de certains secteurs. Egalement, étant fortement dépendante de l’économie européenne, l’activité économique du Royaume sera inévitablement influencée par l’effondrement de la croissance européenne, souligne la délégation dans sa note publiée le 26/03/2020. Pour rappel, l’UE représente plus de 58% des exportations, 59% du stock d’IDE (investissement direct étranger), 70% des recettes touristiques et 69% des transferts des MRE (marocains résidents à l’étranger).
La France et l’Espagne « nos premiers partenaires » parmi les 27 pays membres de l’UE, ont été les plus touchés par le virus et ses retombées socio- économiques. L’Espagne est classé le 2eme pays endeuillé. Rien qu’au cours de ces deux derniers mois, le Royaume ibérique a connu un mouvement estropié. Pis encore, le coronavirus a bien montré à l’Espagne que son adhésion à l’UE (depuis 1986) était juste un plan géostratégique de voisinage et non pas une union et/ou coopération comme il a été cru, d’ailleurs par tous les pays les plus vulnérables en UE notamment l’Espagne, Portugal, Grèce … Nos premiers partenaires sont à rude épreuve, et notre économie connaitra une inoubliable leçon.
En poursuivant la lecture sur la note de la délégation européenne, l’économie nationale est en revue à la baisse de la croissance à 0,8% et -2,3%. Cette chute est justifié par une baisse attendue de 20% des volumes totaux de biens échangés, équivalent à une perte de 2,6 millions de tonnes chaque mois à partir de mars 2020. Ralentissement probable des exportations au vu de la perturbation des chaines d’approvisionnement, la seule aubaine observée dans ce registre figure au niveau de la baisse de la facture énergétique, grâce à l’effondrement des cours de pétrole (actuellement à moins de 25 dollar le baril).
Sans une citation de secteur de tourisme, la perte de ce dernier était clairement observée dès les premiers jours de confinement, dans ce sens des articles et des rapports ont dévastés la une de toute la presse nationale et internationale. La
fermeture des frontières et les mesures de confinement ont engendrés une perte estimée de l’ordre de 4,9 millions de passagers en moins et un manque à gagner de 728 millions de dollar, note la délégation européenne. Les décisions de Renault et de PSA d’arrêter temporairement leurs usines ont succédé certainement des pertes colossales. Le secteur d’automobile a beaucoup progressé pendant ces 10 dernières années, sa dynamique est enclenchée, relayée par l’effet Renault. Les sites implantés à Casablanca et à Tanger suscitent un grand intérêt pour les investissements dans l’écosystème de l’automobile (sous- traitance, pièces de rechange, maintenance, équipements…). Cette implantation
a drainé une dynamique importante, hélas étouffé aujourd’hui par le coronavirus ce qui va impacter lourdement sur la balance commerciale. Les exportations nationales en textiles-habillement ont connu aussi une baisse de la demande étrangère, en particulier en destination de l’UE.
Une autre aubaine est enregistrée, s’explique par une hausse de la demande européenne adressée au Maroc en fruits et légumes en raison du ralentissement de la production Espagnole, Italienne et Portugaise, mais les retombées seront négatives sur le secteur agricole à cause de l’annulation du salon de l’agriculture SIAM, déplore la délégation dans sa note. Au niveau de la finance, le système financier marocain avec ses deux marchés (monétaire et financier) enregistrera des pertes conséquentes. BAM a décidé de réduire son taux directeur de 25 pbs à 2% afin de soutenir l’économie nationale, ce qui nous apparait évident dans cette conjoncture. La place boursière a connu une baisse de -21,6% entre le 28 février, dernière séance de cotation avant l’apparition lundi 02 mars du 1 er cas de coronavirus au Maroc et le 20 mars 2020.
Les mesures préventives menées par l’Etat marocain
En guise de riposte, et conformément à une approche proactive, le Maroc mène des efforts tous azimuts pour combler les défaillances économiques engendrées par le covod-19. Sous les hautes instructions de sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le Glorifier, le gouvernement marocain a créé un fond spéciale pour la gestion de la pandémie visant à tempérer les conséquences économiques et sociales. De même, les mesures préventives ont donné naissance à une création d’un comité de veuille économique (CVE) ayant pris plusieurs décisions, dont la suspension des charges sociales des entreprises jusqu’à juin 2020, mis en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et de leasing jusqu’au 30 juin 2020 et possibilité de report des crédits bancaires jusqu’à la fin juin 2020 pour les TPE, PME et activités professionnels en difficulté. Au niveau social, le gouvernement marocain a mis en place d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2000 DH nets pour les salariés relevant des employeurs en difficulté, en arrêt d’activité, affiliés à la caisse nationale de sécurité sociale.
Sur le registre de la loi de finance rectificative, le 07 avril 2020 le Maroc a procédé à un tirage sur la ligne de précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 milliards de dollars ( l’équivalent de 30 millions de DH compte tenu de la parité actuelle du dollar), remboursable sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans, indique un communiqué de Bank Al Maghreb. Le projet de décret-loi adopté n° 2.20.320, consiste à autoriser le gouvernement à dépasser le plafond des emprunts extérieurs prévus dans la loi de finance 2020, afin de faire face au choc attendu sur la balance des paiements et les réserves en devises suite à la crise covid-19. Comme son nom l’indique, le LPL est une sorte d’assurance ou de réserve que l’Etat marocain peut tirer partiellement ou totalement sans condition préalables, en cas de choc externe.
Les retombées du covid-19 sur l’économie marocaine ont interpellés bon nombre de chercheurs économistes. La leçon que l’on puisse tirer de cette crise se reflète à la nécessité de remodeler nos priorités et à redessiner notre carte stratégique afin d’alléger la dépendance de la demande étrangère particulièrement européenne. Après covid-19 quelle nouvelle géographie
économique, notre pays pourrait intégrer ?
Adil El jouali, professeur chercheur en Economie Internationale, Université Ibn Zohr