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Évaluation de l’impact de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain dans la province de Sidi Ifni 2005-2026 : entre discours officiel et défis de la justice territoriale

Il s’agit d’une lecture et d’une évaluation de la déclaration préparée par les responsables de la préfecture et présentée par le gouverneur de la province de Sidi Ifni, Mohammed Drahim, à l’occasion de la célébration de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain le 20 mai 2026.

Introduction

L’Initiative Nationale pour le Développement Humain a été lancée en 2005 en tant que projet royal visant à réduire les disparités sociales et territoriales, à lutter contre la pauvreté et la précarité, et à renforcer le capital humain. Après 21 ans, la province de Sidi Ifni, devenue province indépendante en 2009, constitue un cas d’étude pour mesurer dans quelle mesure les objectifs de l’initiative ont été traduits au niveau territorial, notamment au regard des spécificités d’une province périphérique et de ses enjeux de développement.

Cet article vise à aborder la problématique de la répartition territoriale des projets réalisés dans le cadre de l’initiative au niveau de la province, et à confronter les données quantitatives officielles aux observations de terrain et aux débats sociétaux concernant la réalisation de la justice territoriale et de la transparence dans la gestion.

Méthodologie et sources de données

L’étude s’appuie sur une approche descriptive-analytique basée sur :
Le communiqué officiel de la province de Sidi Ifni publié le 20 mai 2026 à l’occasion du 21e
anniversaire de l’initiative.

Des reportages de presse issus de
sites locaux et régionaux ayant couvert les activités de l’initiative dans la province.

Des données quantitatives sur la répartition des candidats et des projets selon les collectivités territoriales.

Les observations circulant dans le débat public local concernant la répartition territoriale et la transparence.

Bilan quantitatif de l’initiative dans la province

Selon les données officielles, 1 358 projets et activités ont été réalisés pour un coût global de 493 millions de dirhams, dont 367 millions de dirhams financés par l’initiative. Ces projets se répartissent sur trois phases :

Phase 1 2005-2010 : 265 projets pour un coût de 107,44 millions de dirhams, axés sur la lutte contre la pauvreté et la précarité.
Phase 2 2011-2018 : 695 projets pour un coût de 229,26 millions de dirhams, axés sur l’accès aux services de base et la mise à niveau territoriale.
Phase 3 2019-2026 : 398 projets pour un coût de 156,7 millions de dirhams, avec une réorientation vers l’investissement dans le capital humain, notamment via le programme d’amélioration des revenus et d’insertion économique des jeunes.

Problématique de la répartition territoriale et de la justice territoriale

Les données relatives à la plateforme des jeunes pour l’année 2025 révèlent un déséquilibre dans la répartition géographique de la demande de projets : 80 candidats de la commune de Sidi Ifni, contre 28 de Mirleft, 15 d’Akhssas, et 15 partagés entre Aït Erkha et Tiougza.

Cette répartition reflète une réalité structurelle :
Concentration des structures et des services dans le centre urbain, ce qui facilite l’accès à l’information et au soutien technique pour les populations proches.
Faible couverture institutionnelle dans les douars reculés, limitant la capacité des habitants à postuler et à suivre les projets.
Risque de reproduction des inégalités territoriales malgré le discours officiel prônant leur réduction.

Problématique de la gouvernance et de la transparence

Le discours de l’initiative consacre les principes de gouvernance : participation, transparence, redevabilité et confiance mutuelle. Or, l’analyse montre une application limitée de ces principes au niveau territorial en raison de :
L’absence de publication détaillée de la répartition des budgets par commune et par projet.
La faiblesse des mécanismes de suivi et d’évaluation participative impliquant les bénéficiaires dans la mesure d’impact.
Le manque de clarté sur le rôle des directions sectorielles, comme la direction provinciale de la santé, dans l’accompagnement technique et administratif des projets.

Comparaison avec les projets structurants : lecture et évaluation en marge de la déclaration du nouveau gouverneur Mohammed Drahim

L’opinion publique locale soulève une question centrale concernant l’efficacité de la dépense des budgets alloués à l’Initiative Nationale pour le Développement Humain dans la province. L’enveloppe financière cumulée de 493 millions de dirhams avoisine presque le budget alloué au projet d’extension du port de Sidi Ifni, qui constitue le plus grand projet structurant de la province. Alors que ce projet structurant a connu des retards dans sa réalisation et sa gestion malgré son importance économique, l’initiative, en tant que projet social immatériel, fait elle aussi face à la difficulté de mesurer son impact sur le terrain.

Après la succession de quatre gouverneurs à la tête de la province depuis sa création en 2009, une interrogation se pose sur la mesure dans laquelle la gestion administrative locale a contribué à transformer ces budgets en développement concret.

Le discours officiel affiche des chiffres et des projets, mais l’absence de suivi sur le terrain et de transparence dans la répartition territoriale crée un écart entre les données quantitatives et le ressenti sociétal du développement.

Dans ce contexte, on peut dire que l’initiative n’a pas souffert tant d’un manque de financement que de problèmes de gouvernance territoriale. La persistance d’une gestion du dossier selon une logique protocolaire fermée, basée sur des listes de présence formelles plutôt que sur une implication réelle des élites et des compétences civiles et universitaires de la région, a contribué à affaiblir l’efficacité des programmes. L’absence d’évaluation indépendante et de reddition de comptes territoriale a également ouvert la voie à une mauvaise gestion, que le citoyen impute souvent à « l’État » dans son ensemble, alors que le problème tient en réalité à une défaillance partielle de la performance institutionnelle locale.

À ce titre, l’anniversaire de l’initiative constitue une occasion d’activer le principe constitutionnel de l’approche participative consacré par l’article 12 de la Constitution de 2011. Une évaluation réelle exige d’associer les acteurs qualifiés issus de la province et de démanteler les mécanismes des « gardiens du temple administratif » au sein de la préfecture et des autorités locales qui font obstacle à la redevabilité. La correction de cette trajectoire est nécessaire pour que les budgets importants ne se réduisent pas à de simples chiffres dans les rapports, et pour que la population de la province retrouve confiance dans la relation de citoyenneté avec l’État et ses institutions.

Conclusion

L’Initiative Nationale pour le Développement Humain à Sidi Ifni reste un chantier ouvert qui nécessite de passer d’une approche quantitative à une approche qualitative, plaçant le citoyen et la justice territoriale au cœur de l’évaluation. Le projet royal ne sera achevé que si son slogan « Ne laisser personne de côté » se concrétise sur l’ensemble du territoire national, centres et périphéries confondus.

Bibliographie

– la province de Sidi Ifni. (2026, 21 mai). Communiqué de presse sur le bilan de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain dans la province à l’occasion du 21e anniversaire de son lancement. Rencontre de communication officielle, Sidi Ifni.
Machahid . (2026, 21 mai). Depuis 2005… 493 millions de dirhams, coût des projets de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain à Sidi Ifni.
Guelmim Alhadath. (2025). 52 idées, 52 rêves… Sidi Ifni parie sur sa jeunesse pour le développement.
Biladi News. (2025). Pour le développement, Sidi Ifni parie sur sa jeunesse avec 52 idées, 52 rêves…
. (2025). Projets et financement dans l’Initiative Nationale pour le Développement Humain 2026.
Royaume du Maroc. (2011). Constitution marocaine. Rabat : Bulletin officiel. Article 12, Article 156.

Par Mohammed Elouahdani
Chroniqueur d’opinion

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