Le cinéma africain peut être classé parmi les cinémas émergents. Le public africain était, depuis la naissance du cinéma, un récepteur du produit de l’autre. Il a fallu attendre des années pour que l’Afrique produise ses propres images. Donc établir les liens nécessaires entre l’africain et sa culture car selon F. Boughedir « Notre cinéma doit être un cinéma de culture, un cinéma de civilisation avant tout » puis on a commencé à se demander quel cinéma devrions nous produire ? Un cinéma d’art ? D’auteur ? Commercial ?
Ainsi ont été posées les questions de la formation, de la production et de la distribution. Des aspects presque indissociables et auxquels peuvent s’ajouter d’autres. « On nous dit, vous êtes un peu le continent le plus jeune en matière de cinéma. Nous attendons de vous comme il y a eu le Free Cinéma, comme il y a eu le cinéma Novo au Brésil, nous attendons de vous une école de cinéma nouvelle, dont les formes seraient nouvelles. C’est du moins ce qu’attend de nous la critique occidentale. »
Donc on pourrait poser la première question : les cinéastes formés ailleurs produisent ils avec quelle vision ? Ceux qui cherchent une formation ici la subiront selon quelle perspective ? Et comment cela peut-il consolider ou affecter l’identité africaine ? Et par extension, quelles sont les structures mises en place par les pays africains pour soutenir la formation de nos faiseurs d’images ? y-a-t-il des aspects propres à la culture et l’identité africaines à
prendre en considération ? (surtout à l’ère du numérique).
Avec toutes les facilités qu’offre la technique aujourd’hui combien sont nos films qui peuvent concurrencer le mandat de Sembene ? Gaston Kaboré a dit un jour au sujet de la formation et des écoles : « La première école à créer est celle de la volonté et de la persévérance. Faites des films distrayants, étonnants, dérangeants. C’est par la force de vos films que vous allez convaincre».
Concernant la production, à part quelques pays qui ont envisagé des structures de production comme le Maroc, l’Egypte, l’Algérie et la Guinée les cinéastes de la majorité des autres pays africains travaillent en se basant sur leurs propres moyens ou exercent à l’étranger. C’est pourquoi le FEPACI a toujours parlé de réalisateur producteur.
Selon Tahar Chriaa «les voies et les moyens, ou si vous voulez les deux fronts de lutte, pour y arriver, qui se sont dégagés de nos multiples palabres et conciliabules, sont les suivants: d'une part, une action au niveau des structures, cela a été évoqué, et je ne vais pas le reprendre. Il s’agit pratiquement de récupérer, ce qui existe. Les structures d’exploitation, c’est-à-dire les circuits de salles et d’une manière plus prioritaire les circuits d’importation et de distribution des films. C’est-à-dire la machine qui perm et d’approvisionner les écrans africains en films ».
Selon Claude Forest « La création cinématographique et son industrie ont tissé des liens d’interdépendance depuis les origines, l’un ne pouvant durablement exister sans l’autre. L’Afrique subsaharienne nous en offre une probante illustration en sa période contemporaine, et si leurs films et réalisateurs ont fait l’objet de l’essentiel des publications pour ce continent1, il convient de constater que, depuis deux décennies, la production cinématographique des pays africains, déjà quantitativement très faible, s’estneffondrée, disparaissant même totalement en de nombreuses nations malgré les efforts de festivals régionaux et internationaux pour tenter de soutenir ces cinématographies. »
Alors à quoi est due ces dysfonctionnements de la production ? La coopération dans le domaine existe-t-elle ? S’agit-il de coopération ou d’aide ? Pour la distribution Forest avance que « Il n’y a toutefois pas de marché sans marchand, et la crise de la production s’est opérée parallèlement à la fermeture des salles de cinéma, de nombreux pays n’en recensant désormais plus aucune sur ce continent. » Donc la distribution est liée essentiellement aux salles. Mais qu’en est-il, dans l’état des choses, de la distribution interafricaine ?