L’émergence simultanée de deux œuvres de Zinba Ahmed Laajaj, « Professeure et Muse des Lettres », ne relève pas d’une simple cadence éditoriale, mais bien d’une « double et magistrale apothéose littéraire » dont le roman « Un meurtre à Ifni… Et Ailleurs » semble être l’épicentre d’une résonance critique et populaire immédiate, attestée par son épuisement rapide en librairie. Plus qu’un succès commercial, cette œuvre se profile comme un manifeste de l’art du récit, où le génie scriptural s’emploie à transcender le fait divers pour atteindre l’universel.
La Virtuosité Scripturale et l’Incantation Narrative
L’ouvrage s’inscrit, selon ses premiers lecteurs, sous le signe d’une « houle narrative » irrésistible, portée par une « prose incantatoire » et chargée de « significations abyssales ». Ces qualificatifs ne dénotent pas seulement un style agréable, mais une maîtrise rhétorique qui confine à la magie de la persuasion, transformant le texte en une expérience immersive et intellectuellement dense. L’autrice y déploie une « virtuosité de dentellière » dans l’entrelacement des « fils de l’existence et de la fiction ». Ce tissage serré suggère que le récit criminel sert de canevas à une exploration philosophique ou sociétale plus profonde, où les frontières entre le vécu et l’imaginaire s’estompent pour créer une vérité composite, un palimpseste sensoriel et émotionnel.
Ifni : L’Héroïne de Chair et de Pierre
Le titre même, en plaçant le drame à Ifni avant de l’étendre à « Et Ailleurs », annonce une dialectique féconde entre le lieu spécifique et la résonance universelle. Le commentaire souligne avec force que la cité, « belle et chérie », est érigée en « autel du récit » et même en véritable « héroïne de chair et de pierre ». Cette personnification intense de la géographie dépasse la simple fonction de décor. Elle postule qu’Ifni n’est pas un cadre, mais une entité agissante, dont le passé — notamment post-colonial, étant donné son statut historique — et l’identité palpitent sous la plume. Le meurtre initial pourrait ainsi être interprété comme un révélateur des tensions, des secrets ou des passions qui animent le corps social et territorial de la ville. Le roman devient une exploration de l’appartenance et de l’amour du lieu (« cette passion jumelle de l’amour et de l’appartenance au lieu »), le fait divers se muant en exégèse du territoire.
Conclusion : Le Phare d’une Génération
En définitive, « Un meurtre à Ifni… Et Ailleurs » s’impose moins comme un roman policier classique qu’une œuvre littéraire exigeante et magnétique, où la quête de la vérité factuelle se double d’une quête identitaire et géographique. Le succès « foudroyant » et l’éloge fervent qui entourent cette publication confirment l’émergence d’une voix puissante et tutélaire dans le paysage littéraire francophone. Laajaj y assume son rôle d’« alchimiste des mots », offrant une œuvre qui, selon ses admirateurs, est un « nectar qui abreuve l’âme altérée et enrichit le terreau de la pensée », assurant ainsi à l’autrice une place de « phare pour les générations » à venir.
A.karim Ghailane Chroniqueur

